Western States 2025 : Il était une fois dans l’Ouest

Convoquer le maître Sergio Leone lorsque l’on parle d’ultra-trail dans nos colonnes, cela deviendrait presque une habitude. Et pour cause, si la Western States est une belle fête du trail, cette année, elle aura tout l’air d’un affrontement à couteaux tirés entre les nombreux coureurs et coureuses élites présents les 28 et 29 juin sur la ligne de départ d’Olympic Valley. Mais qui pour jouer le rôle de Charles Bronson ? Qui pour reprendre le costume d’Henry Fonda ? Plongée dans les sentiers poussiéreux de Californie de cette course mythique, sous un air d’harmonica, cela va de soi.

161 km, 5 250 mètres de dénivelé positif, et un paquet de cache-poussières à éliminer avant la ligne d’arrivée, voilà à quoi devrait ressembler cette édition 2025 de la Western States qui s’annonce déjà comme historique.
Pourquoi ? Pour la course en elle-même d’une part, monument immense du trail aux États-Unis, voir Graal de la communauté des coureurs de sentiers américains. Pour le plateau élite qui y est attendu, avec quelques-uns des noms les plus clinquants de la discipline. Et enfin, pour la bagarre, celle qui débutera dans l’aube fraiche d’Olympic Valley et qui finira couteaux entre les dents et langues pendantes dans la chaleur écrasante de la Sierra Nevada. La comparaison avec le chef-d’œuvre de Leone ne semble pas exagérée, reste à savoir qui tirera le premier.

Plus qu’une course, un mythe

100 Miles, 5 250 mètres de dénivelé positif, tel est le menu de la WSER
Source : wser.org

En 1955, le trail n’était pas encore particulièrement développé, c’est le moins que l’on puisse dire. Pas de conversation concernant des « running stones » de qualification à l’UTMB, ni de stratégies de nutrition détaillée au gramme de glucide près. En revanche, il existait dores et déjà une course ralliant Tahoe City et Auburn. Cette dernière s’effectuait alors… à cheval. La Western States Trail Ride ou Tevis Cup existe toujours aujourd’hui et a lieu chaque année dans le courant de l’été.
Les cavaliers ont donc longtemps été les maitres de cette course de 100 miles. Et s’ils resteront à jamais les pionniers, un homme est venu leur chiper la vedette, Gordy Ainsleigh. Ce nom n’évoque plus grand-chose aujourd’hui, pourtant il s’agit du premier finisher de la Western States… à pied, en 1974. Du haut de ses vingt-six ans, l’américain avait alors terminé le parcours sous la barre des vingt-quatre heures, la même que celle imposée au cavalier.

Enfin le premier, pas tout à fait. Deux ans auparavant, une petite troupe de soldats s’était élancée sur les sentiers californiens, mais n’avait pas pu tenir le délai de 24 h. Sur les vingt partants, sept ont atteint Auburn.

Qui aurait pu penser, à l’époque, qu’un jeune homme parviendrait à réussir ce que seuls les cavaliers les plus chevronnés de tout l’Ouest américain pouvaient réaliser ? Pas grand monde, sans doute, mais le rêve était né. Il infusait, dans la chaleur épaisse des canyons californiens, la nouvelle se répandait comme une trainée de poudre, l’impossible était devenu, à défaut d’être possible, envisageable.

En 1976, ce fut au tour de Ken Shirk de parler à l’oreille des chevaux. Et si sa tentative se solda par un « échec » (il arriva au bout du parcours en vingt-quatre heures et trente minutes, une demi-heure de trop), un deuxième homme venait malgré tout de finir la Western States. Deux ans plus tard, en 1978, la Western States Endurance Run devenait indépendante de la Tevis Cup. La course à pied se développant et se démocratisant dans le même temps, de plus en plus de participants affluèrent, de tout les États-Unis d’abord, puis du monde entier. En 1985, le parcours fut fixé à 100,2 miles, la Western States moderne était née.

Depuis, coureurs et coureuses n’ont cessé de repousser la frontière du possible, grappillant toujours un peu plus sur les précédents records. Et il est difficile de compter le nombre de grands noms qui sont venus se frotter au plus mythique de tous les 100 miles : Courtney Dauwalter, Scott Jurek (7 victoires, record masculin), Jim Walmsley, Ann Trason (14 victoires, record absolu), un casting qui n’a pas grand-chose à envier à Claudia Cardinale, Jason Robards et Henry Fonda.
Aussi bien sur un air d’Ennio Morricone qu’en course à pied, difficile de rivaliser avec les légendes de l’Ouest.
Mais alors, direz-vous, en quoi cette édition 2025 est-elle si différente ? Comment écrire une page encore plus spectaculaire d’un livre déjà légendaire ?
Comme dans un bon western : une bande qui court après un trésor, un shérif impitoyable pour l’en empêcher, et de vieux loups solitaires toujours capable de filer comme le vent.

Jim Walmsley : et pour quelques titres de plus

Est-il vraiment encore nécessaire de présenter le shérif Walmsley? L’américain originaire de Flagstaff fait aujourd’hui partie, et ce, depuis quelques années, du firmament du trail mondial. Et si Jim Walmsley a réussi à devenir un « vrai » coureur de montagne en s’expatriant dans le Beaufortain, il ne faudrait pas oublier que les formats de course comme celui de la Western States lui correspondent encore mieux. À tel point qu’il en est devenu la référence sur les dernières années, en remportant le plus vieux 100 miles en 2018, 2019 et 2024. Il en détient également le record en 14 h 09 min 28 s, on vous laisse déduire l’allure vertigineuse pour 162 km de poussière et de cailloux. Sur ce genre de format roulant, l’américain est complètement dans son jardin.

Car le jardin de Jim, comme nous l’avions évoqué dans nos colonnes à l’occasion de l’Ultra-trail du Chianti, c’est avant tout la vitesse, les grands espaces. Une foulée déliée, à faire pâlir les trailers les plus véloces de la planète, un enfant de la piste, de la route, des intervalles courts et des séances de tartan sous un soleil écrasant, un esthète de la course à pied, à l’aise sur le mythique marathon comme on fait son jogging, voilà qui est Jim Walmsley.

Sur l’Ultra-trail du Chianti, relativement roulant (120 km pour 5 200 mètres de dénivelé positif), le coureur le plus rapide de l’ouest a fait parler cette fameuse vitesse, et la poudre. À mi-parcours, il s’en est servi pour faire exploser deux jeunes coureurs pleins de promesses. Vincent Bouillard, dernier vainqueur de l’UTMB, et Kilian Jornet, vainqueur de tout.
Parti à trois un long moment, l’américain a jeté un regard à ses concurrents, souri et s’est envolé dans un nuage de poussière qui ne retomberait qu’une fois la ligne d’arrivée passée.

Mais voilà, il arrive parfois que des troubles fêtes viennent marcher sur les platebandes de Jim, et si le natif de Flagstaff apparaît comme le favori plénipotentiaire, il aura cette année à faire à une sacrée bande de desperados.

Derrière Jim, les sept mercenaires

Comme en Italie, Jim sera accompagné de ses deux compères Vincent Bouillard et Kilian Jornet. Et si ces deux figures sont relativement connues du grand public, européen notamment, un autre groupe moins médiatisé sur le vieux continent pourrait bien leur faire de l’ombre.

  • Hayden Hawks : le chef des despérados
    Probablement le plus expérimenté de ce peloton américain (à l’exception du shérif Walmsley, bien évidemment), Hayden Hawks connaît bien cette course. Il s’agit en effet de sa troisième participation à l’épreuve (DNF en 2023) après 2022 (2e en 15 h 47 min) et 2024 (3e en 14 h 21 min). À 34 ans, le natif d’Ivins (Utah) est déjà monté sur deux marches du podium, avant de s’adjuger la plus haute cette année ?
  • David Roche : le coach recordman
    Très populaire sur les réseaux sociaux et livrant au grand public une bonne partie de ses secrets de fabrication, il s’agit du profil le plus atypique des potentiels vainqueurs. Avec une expérience moins importante que ses concurrents, cet entraîneur mise sur une approche très novatrice, notamment basée sur le travail de vitesse à plat, voire sur piste. Révolutionnaire pour un format 100 miles ? Pas quand on sait que la plupart des candidats américains ont débuté comme pistards pure souche. . .

  • Adam Peterman : du mile au 100 mile
    Encore un enfant du tartan sur cette liste. Et si certains n’ont connu que de brèves carrières en High School (lycée), on parle ici d’un athlète qui a connu la NCAA et sa prestigieuse D1 avec l’université du Colorado. À tel point que cette dernière a offert une bourse au jeune Peterman pour que son talent vienne s’exprimer dans leur équipe de « track and field ». Résultat : quatre ans de fiers et loyaux services, quatre participations aux championnats nationaux de D1, 8:43:19 sur 3 000 mètres steeple, 3:47 sur 1 500 mètres. De l’or dans les pieds, à tel point que pour sa première participation à notre Western States, l’athlète s’est imposé en 15 h 13 min, un sérieux candidat au titre donc.
  • Rod Farvard : mister America
    Lorsque l’on consulte son Index UTMB (indice de performance des athlètes sur le circuit UTMB), la première chose qui attire l’œil, hormis son index stratosphérique, c’est son tropisme évident pour le pays de l’oncle Sam. Sur les 27 courses répertoriées qu’il a disputé, seules quatre ont eu lieu en dehors du sol américain : deux UTMB (17e et 23e tout de même), une CCC et une course thaïlandaise. Et il faut bien dire que jouer à domicile semble lui sourire : victoire au Kodiak Ultra Trail en 2023, au Hoka Canyons Endurance Trail en 2024 et une somptueuse deuxième place à la Western States 2024.
    Saura-t-il mettre à profit cette dernière expérience et s’imposer cette année ? We’ll see.

Quatre américains plus que prêt à détrôner leur shérif Walmsley, un Vincent Bouillard qui ne cesse de poursuivre sa redoutable ascension vers le sommet du trail et le meilleur coureur en montagne de tous les temps, Kilian Jornet. Autant dire que le natif de Phoenix aura du travail pour garder son étoile…


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3 réponses à « Western States 2025 : Il était une fois dans l’Ouest »

  1. Avatar de patrick vannier
    patrick vannier

    Bravo. On a hâte de lire le compte rendu de la course. quand on parcourt l’article on se dit qu’il ne vont pas arriver à Auburn, mais à O.K. Corral.

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  2. Avatar de julien vannier
    julien vannier

    Belle métaphore filée cinématographique !

    Bien dégainé, avec un clavier plutôt qu’une Winchester

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  3. Avatar de Édito : Pourquoi il faut suivre cette Western States 2025 ? – Hashiru

    […] mais dans lequel vous pourriez bien croiser de sacrés fauves ce samedi 28 juin. Alors oui, la Western, par définition, est le terrain de jeu d’une faune très rare, à la foulée supersonique et […]

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