À l’Est, du nouveau

Ce dimanche 4 mai se tenait la seconde manche du Grand Prix de Duathlon à Willgottheim. Dans des conditions dantesques et sur un parcours particulièrement exigeant, les cartes ont été en partie rebattues. Si certains favoris ont su tirer leur épingle du jeu, la hiérarchie des clubs à malgré tout été bousculée.

Les visages des athlètes à l’arrivée en disaient long sur l’étape du Bas-Rhin. Harassés, trempés jusqu’aux os pour certains, tous ont vécu un week-end éprouvant à Willgottheim, tant les conditions étaient réunies pour mettre à l’épreuve les corps et les esprits. Quelques semaines après l’ouverture de la saison de Grand Prix à Saint-Cyr et les championnats de France à Mâcon, le gratin du duathlon se retrouvait dans l’Est, et c’est peu dire que les retrouvailles ont été marquantes.

Châteauroux : nouvelles têtes, même recette

Châteauroux avait démarré à Saint-Cyr sur les chapeaux de roue, en plaçant deux athlètes dans le top 5 (Noémie Bogiatto, première et Federica Frigiero, quatrième); le club a pourtant réussi hier à surpasser cette performance en réalisant un magnifique doublé (Alksandra Ferchmin, première et Federica Frigiero, deuxième). Le club indrien est logiquement premier au classement général. Retour sur la performance majuscule des coureuses du TCCM 36.

Dès la première section de course à pied, le ton était donné. Avec ses 86 mètres de dénivelé positif pour 4,6 km, roulant n’était certainement pas l’adjectif le plus idoine pour évoquer le parcours. Un groupe d’une dizaine d’athlètes s’est progressivement détaché au cours de cette première section, laissant les poursuivantes à plus de dix secondes à la première transition. Dès la sortie du parc à vélo, Châteauroux a assumé son statut de leader du classement général de la tête et des épaules puisque Ferchmin et Frigiero ont été les premières à enfourcher leurs machines.

Mais si l’itinéraire à pied s’est révélé particulièrement difficile, que dire de ce qui attendait les athlètes à vélo. Comme en course à pied, et pour reprendre les mots de certains athlètes comme Thomas Laurent, ce fut un véritable « chantier ». Avec quasiment 400 mètres de dénivelé positif sur les 19,2 km (répartis en trois boucles de 6,4 km) à parcourir au total, le décor était radicalement différent de ce que l’on peut voir habituellement en Grand Prix. Dès la sortie du parc à vélo, les coureuses se sont donc lancées sur un faux plat montant à un rythme infernal. Toujours composé d’une dizaine d’athlètes, le groupe de tête allait bien rapidement se voir réduit en nombre.

Ainsi, dès le troisième kilomètre, la principale difficulté du parcours a rendu son verdict, implacable. Les presque 100 mètres de dénivelé sur moins d’un kilomètre ont fait de sérieux dégâts dans le peloton de tête. Une à une, les coureuses de l’arrière du groupe ont cédé un, puis deux, puis dix mètres dans la terrible côte, à l’image d’Eva Coutant (Gravelines Triathlon) ou de Laure Tassion (Gravelines Triathlon). À l’avant, leur collègue Margaux Bontant réalisait un impressionnant travail, tout comme Fiona Cornet (La Grande Motte Triathlon), particulièrement puissante dans les difficultés du jour.

Peu à peu, le groupe s’est donc réduit pour n’être constitué que de six coureuses à l’arrivée. Particulièrement habiles dans leur seconde transition, Meghan Bazire (Les Tritons Meldois), Federica Frigiero et Aleksandra Ferchmin prenaient alors les rênes de la course. Le podium était, à ce moment-là, déjà dessiné.

Partie deuxième du parc à vélo, c’est pourtant la Polonaise qui a pris la tête de la course, dépassant rapidement sa camarade de club italienne, avant de s’envoler vers la victoire avec plus de cinq secondes d’avance sur cette dernière.
Derrière, Meghan Bazire a su ne pas se laisser reprendre par Fiona Cornet, en réalisant un final impressionnant pour s’adjuger la médaille de bronze. Membre de l’équipe de France et tout juste revenue des championnats d’Europe (7e) de duathlon, la Meldoise a porté haut les couleurs de son club :

C’était une course très difficile, certainement la D1 la plus difficile que j’ai faite jusqu’à présent, avec un parcours très sélectif aussi bien à pied qu’à vélo. J’étais heureuse que le parcours soit difficile à vélo mais j’ai été un peu surprise par la course à pied. Ma première course à pied m’a bien entamée pour le vélo notamment à cause de la dernière côte du parcours. Je n’ai pas eu les sensations habituelles sur le vélo mais ça a suffit, j’ai tenté une attaque au dernier tour mais probablement pas au bon endroit et je me fais rattraper. On part à trois, quatre après le vélo sur la dernière course à pied, Emma Cornet me rattrape dans le final mais j’arrive à déclencher un sprint sur les derniers 200 mètres et à finir troisième. C’était une belle bataille, très exigeante avec beaucoup de densité. Très contente donc, surtout qu’il s’agit de mon premier podium en D1 cette saison !

Côté classement, les bonnes opérations du jour sont pour Châteauroux, bien évidemment, qui conserve sa première place d’une main de maître, mais également pour la Grande Motte qui passe troisième en devançant les Tritons Meldois de Meghan Bazire. Le club de l’Hérault peut être satisfait de sa performance et notamment de l’énorme travail réalisé par Fiona Cornet et Camille Laurent à vélo.

La prochaine étape à Saint-Grégoire (Ille-et-Vilaine) sera l’occasion d’observer si ces tendances se confirment ou si la hiérarchie sera bousculée, par les Tritons Meldois par exemple, probablement insatisfaits de leur quatrième place. Du côté de Châteauroux, l’arsenal international dont dispose le club semble être bien parti pour jouer les premiers rôles une bonne partie de la saison.

Blondel-Hermant et Laurent assument leur statut d’internationaux

On aurait pu s’attendre à ce que les jambes des athlètes, à peine rentrés des championnats d’Europe qui avaient eu lieu en Pologne le 26 avril, soient lourdes. Que nenni !
Aussi bien Benjamin Choquert (3e aux championnats d’Europe), que Thomas Laurent (4e) et bien sûr Émile Blondel-Hermant (champion d’Europe) ont été des acteurs majeurs de la course.

Comme pour les féminines, on sentait dans l’air un frisson particulier sur la ligne de départ, celui d’une étape pas comme les autres, tant le parcours et la météo paraissaient vouloir s’accorder pour offrir un spectacle épique. Et que la bataille fut belle.
Un poncif que l’on entend régulièrement sur les bords de route des parcours de duathlon consiste à critiquer les circuits. Le reproche principal qui leur est fait est le manque de panache. En effet, des parcours sont parfois jugés trop « roulants » et donc favorables aux pelotons groupés plus qu’aux exploits individuels. À Willgottheim, il était possible de se plaindre du mauvais temps, mais certainement pas du manque de suspens que pouvait offrir le tracé. La course n’a cessé d’offrir au public de l’Est des cassures, des attaques, des regroupements et autres scénarios qui rendent les Grands Prix plus piquants.

Dès le coup d’envoi de la première partie de course à pied, c’est Benjamin Choquert (Metz Triathlon) qui a fait le show en prenant un départ très rapide au vu du profil. Mais à peine le coureur messin avait-il pris les commandes que déjà un rebondissement survenait. Baptiste Cartieaux (Tritons Meldois) et Antoine Reul (Lys Calais Triathlon) profitaient de la deuxième bosse du parcours pour tenter une attaque qui leur offrait une dizaine de mètres d’avance avant qu’ils soient à nouveau repris par un peloton bien dense.

À l’arrivée au parc à vélo, si rien ne semblait fait, les cadors étaient malgré tout pour la plupart bien placés. Léo Starck, Thomas Laurent, Valentin André et Émile Blondel-Hermant se tenaient alors dans un mouchoir de poche, comme souvent à l’issue des premiers passages de course à pied de Grand Prix.
Mais au vu de la course féminine où le peloton avait été réduit à peau de chagrin par les difficultés successives, on pouvait être confiant quant au spectacle à venir.

Rapidement, un groupe d’une dizaine de coureurs parvenait à se détacher à la faveur des difficultés successives. Ce petit peloton était alors brillamment emmené par un travail acharné d’Arnaud Dely (E.S.M. Gonfreville l’Orcher) et Thomas Gillodts (Tritons Meldois). On pouvait donc penser que rien ne viendrait troubler la bonne entente des hommes de tête. Mais profitant d’une énième difficulté offerte par le parcours à vélo, le Belge Asger Jorn Vaes (Girondins de Bordeaux) donnait un coup de boutoir à l’armada de tête. Il parvenait même un temps à vraiment se détacher, avec l’espoir de s’envoler ? Peut-être, mais c’était sans compter sur l’homme qui menait le groupe de poursuivant à ses trousses, Thomas Laurent (Évreux A.C). Bien décidé à ne pas se laisser surprendre, le Normand réagissait dès l’attaque du Belge en contre-attaquant dans la bosse avant de reprendre ce dernier tout en puissance.

Les favoris de l’étape se situaient alors quasiment tous dans le groupe de tête, et l’écart sur leurs poursuivants, si confortable soit-il, commençait à fondre. Et même si l’on pensait un regroupement improbable au vu du parcours, une petite dizaine de coureurs recollait peu à peu, au point de rejoindre l’arrière du groupe de tête.

C’est ce moment que le tout récent champion d’Europe a judicieusement choisi pour placer une attaque qui allait s’avérer plus que payante. Au pointage intermédiaire du kilomètre 14,9, Émile Blondel-Hermant était huitième, et malgré un bon placement, il aurait été difficile de prévoir ce qui allait suivre. En effet, à peine trois kilomètres plus loin, au pointage du kilomètre 17,3, le licencié du Team Noyon Triathlon comptait douze secondes d’avance. Suffisamment pour que ses adversaires ne le revoient plus qu’une fois la ligne d’arrivée passée. Le coureur n’a pas tremblé sur la dernière section de course à pied pour s’imposer et confirmer son excellente forme du moment.

Derrière lui, Thomas Laurent a de nouveau mené la chasse en compagnie de Léo Starck, mais l’écart mis par le Noyonnais était trop important. Au terme d’un finish dans un mouchoir de poche, c’est le Normand qui s’est adjugé la seconde marche du podium. Après sa course, ce dernier semblait très satisfait de la prestation livrée :

Je suis très content de faire deuxième, je me sentais encore super bien après des championnats d’Europe où je visais mieux. Émile s’échappe à la fin du vélo, il nous prend dix secondes et je reviens à seulement trois secondes avant la deuxième course à pied. Le parcours à pied faisait qu’on doublait beaucoup de derniers ce qui était un peu gênant pour remonter et il était difficile d’avoir un visu, mais Émile mérite amplement sa victoire, il a été plus fort, surtout en vélo. Pour ma part c’est vraiment positif, j’ai hâte de la suite.

Encore très performants à Willgottheim, les Tritons Meldois auront à cœur de conserver leur première place au classement général en Bretagne, le 25 mai. Mais nul doute que les poursuivants seront à l’affût pour tenter de les déloger, à l’image de Gonfreville, Metz ou encore Évreux. Trois belles équipes qui peuvent toutes s’appuyer sur de solides collectifs bâtis autour de cadors de cette saison 2025 de grands prix.


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