Golden Trail World Series : le tour du monde du trail-running

Le 19 avril, dans la célèbre ville de Kobe, une partie des meilleurs coureurs de la planète s’élanceront pour la première étape des Golden Trail World Series. Circuit parallèle à celui du groupe UTMB, les GTWS ont une ambition : rendre le trail-running le plus spectaculaire possible. Analyse du circuit et de la saison à venir.

Kobe (Japon), Chengde (Chine), Noli (Italie), Zegama (Espagne), Olympic Valley (États-Unis), Huasca de Ocampo (Mexique), Mandarfen (Autriche), Sierre (Suisse) et enfin la grande finale prévue en Italie début octobre, voilà le panorama de la saison des GWTS. Un véritable tour du monde à la Phileas Fogg, mais avec (beaucoup) de dénivelé positif et de descentes techniques.

Nées en 2018 sous l’impulsion de l’équipementier Salomon, les GWTS fonctionnent sous la forme d’un championnat en huit étapes se concluant par une grande finale. Les coureurs peuvent participer à l’ensemble du circuit s’ils le souhaitent, mais seuls leurs trois meilleurs résultats sont pris en compte pour accéder à la finale réservée aux trente meilleurs traileurs de la saison. Cela permet notamment aux athlètes de pouvoir mieux gérer leur calendrier et de ne pas consacrer l’intégralité de leur saison au circuit GWTS.

Si le circuit est relativement jeune, de grands noms, friands de courtes distances, sont déjà venus garnir les rangs des GWTS. Rémi Bonnet, Stian Angermund, Elhousine Elazzaoui ou encore le néophyte Kilian Jornet chez les hommes, Ruth Croft et Maud Mathys chez les femmes; autant de coureuses et de coureurs qui indiquent que les GWTS n’attirent pas que le banc et
l’arrière-banc du circuit UTMB, bien au contraire. L’année 2025 ne devrait pas faire exception, avec, par exemple, une équipe Salomon toujours aussi garnie en pépites pleines de talent. Et même si la marque est le sponsor majeur du circuit et donc oriente régulièrement ses athlètes vers ce dernier, d’autres équipes alignent également de belles armadas.

Le Kenya, nouvelle nation dominante
du trail court ?

Depuis de nombreuses années, la communauté du trail et de la course à pied se posait la question : les Kényans peuvent-ils transposer leurs qualités sur route vers le trail ?
Si certains ont un temps douté, à tort, que ce transfert était possible, la réalité de l’excellence kényane a rapidement clôt le débat. Lors de la première saison, en 2018, on a vu le pays de la course à pied arriver sur la pointe de ces derniers. Aucun Kényan n’a en effet intégré le top 5, que ce soit chez les hommes ou chez les femmes, mais les prémices d’une arrivée en fanfare étaient déjà là. En effet, alors que le plateau comptait déjà certains des meilleurs coureurs européens, dont Kilian Jornet ou Ida Nilsson, deux Kényans ont fait leur apparition sur les podiums, lors de la manche de Sierre-Zinal. Lucy Wambui Murigi s’est imposée en Suisse, tandis que son compatriote Robert Panin Surum décrochait la troisième place de la course derrière Robbie Simpson et… Kilian Jornet. La marche du Kenya était lancée.

C’est en 2023 que la tendance s’accélère brutalement : alors que les compatriotes de la légende Eliud Kipchoge ne performaient jusque-là que sur certaines courses sans venir truster le classement général final, Patrick Kipngeno et Philemon Ombogo Kiriago ont tout simplement fini second et troisième du classement général des GWTS derrière Rémi Bonnet ; rien que ça. Chez les femmes, si le classement général n’avait pas encore ouvert les portes du top 5 à une coureuse kényane, Joyce Muthoni Njeru et Philaries Jeruto Kisang avaient malgré tout terminé à la deuxième et troisième place de la manche Suisse de Sierre-Zinal. Décidément, la mythique course « des cinq 4 000 » semble réussir au pays d’Afrique de l’Est.

Mais, si la vitesse supérieure a été passée en 2023, la saison dernière correspond réellement à l’apogée du Kenya sur le circuit. C’est simple, à deux, Patrick Kipngeno et Philemon Ombogo Kiriago sont montés dix fois sur le podium en comptant les finales. Le premier s’est d’ailleurs imposé lors des deux premières manches : le Kobe Trail et le Four Sisters Moutains Trail. Leurs performances ébouriffantes ont permis à Patrick Kipngeno de finir deuxième du classement général derrière la star Marocaine Elhousine Elazzaoui et Philemon Ombogo Kiriago d’arracher la quatrième place.
C’est indéniable, les performances de ces messieurs sont impressionnantes, mais alors que dire de Joyce Muthoni Njeru ?

La publication ci-dessus laisse sans voix, trois victoires en saison régulière, vainqueur du « prologue » de la finale (un contre-la-montre la veille de la course finale) et troisième de la grande finale derrière Lauren Gregory et une adversaire bien connue : sa compatriote Joyline Chepngeno.

Cette année, on peut à nouveau s’attendre à ce que le Kenya joue les premiers rôles dans la hiérarchie des GWTS et, peut-être, encore plus que lors des saisons précédentes. Pourquoi direz-vous ? Tout simplement parce que les équipementiers ont bien saisi le potentiel que représentait ce pays, et ils sont de plus en plus nombreux à donner leur chance à des athlètes. Certains ont même composé des équipes 100 % kenyanes, à l’image de la marque Suisse On Running, qui est liée à la structure Run2gether qui promeut les stages d’entraînement et les échanges sportifs avec le Kenya. Salomon, l’équipe la plus importante des GWTS, compte quant à elle six athlètes kenyans. Ce n’est donc pas prendre de risques démesurés que de pouvoir imaginer que le pays africain soit une des nations dominantes de la saison 2025.

Kobe, des décors dignes d’un Miyazaki

Pour ouvrir le bal de cette saison des GWTS, les athlètes auront rendez-vous dans les montagnes qui dominent la ville portuaire de Kobe. Et si la ville portuaire parmi les plus importantes du Japon n’est pas particulièrement un havre de verdure, le mont Rokkō sauvage, tout proche, illustre parfaitement cette dualité japonais mise en scène par le grand maître de l’animation.

Au programme, quatre boucles avec un même départ et une même arrivée, pour un total de 21, 3 km et 2 100 mètres de dénivelé positif. L’année dernière, les montagnes japonaises avaient vu la Suisse Maud Mathys et le Kényan Patrick Kipngeno s’imposer. La difficulté principale du parcours réside dans cet enchaînement de descentes et de remontées jusqu’au point de départ. Le rapport kilomètre dénivelé est également assez exigeant, la troisième boucle offrant par exemple 671 mètres de D+ pour 6,2 km, soit 100 mètres d’élévation par kilomètre, ce que l’on pourrait qualifier en termes techniques de « casse-pattes ».
Mais au vu de la densité d’athlètes pour ce rendez-vous japonais, les allures seront probablement hors normes, et ce ne sont pas les sentiers techniques qui empêcheront traileuses et traileurs d’offrir un grand spectacle.

Un modèle qui interroge

Il parait bien loin le temps où le trail n’était qu’un sport de niche, pratiqué par quelques excentriques amoureux de montagnes et de paysages vierges. Si cette passion pour les grands espaces anime certainement encore aujourd’hui une grande partie des coureurs, amateurs ou élites, on sent malgré tout que le vent a tourné. D’une pratique confidentielle et peu internationalisée, le trail est devenu aujourd’hui un sport médiatisé, mondialisé et parfois entaché par les dérives que cela peut engendrer. L’UTMB était au bord de l’hérésie quand il s’est assorti de son sponsor principal… Dacia. Une marque automobile pour promouvoir les sentiers bucoliques des Alpes, on repassera. Mais si cet évènement a particulièrement fait scandale, c’est tout un modèle qui penche quelques fois dangereusement vers le sport business.
Certes, ce développement a permis à de nombreux athlètes de vivre de leur sport, au même titre que d’autres sportifs professionnels, certes, la mise en lumière du trail running a poussé un nombre important de sédentaires ou de néophytes à se lancer dans cette belle aventure, mais où poser la limite ?

Sur les GWTS, si les athlètes participent à l’ensemble des manches, ils devront se rendre dans sept pays différents, de l’Amérique centrale à l’Asie, en passant par l’Espagne, les États-Unis ou l’Autriche. Le bilan carbone lié au déplacement des athlètes, équipes, sponsors, médias, etc est tout simplement affolant, et réellement en contradiction avec la préservation de l’environnement et des espaces naturels, berceaux de la pratique du trail.

Et si le trail, pour grandir, devait accepter de reculer ? Les grands noms de ce sport ne cessent de le répéter, pour performer en ultra-trail, il faut ralentir, alors ralentissons, car la nature ne nous attendra pas pour s’éteindre sous nos pas.


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2 réponses à « Golden Trail World Series : le tour du monde du trail-running »

  1. Avatar de julien vannier
    julien vannier

    Merci de compléter densément les infos que j’avais sur ce circuit.

    Un peu le même principe que sur le circuit surf. Toutes les étapes ne sont pas obligatoires. Afin de maintenir la motivation des athlètes. Et surtout de préserver leur, notre, terrain de jeu.

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  2. Avatar de Kipngeno et Kimutai : la conquête de l’empire du milieu – Hashiru

    […] notre présentation de la saison 2025 du circuit des Golden World Trail Series, nous avions évoqué la place que le Kenya prenait au fil du temps dans l’univers du trail. […]

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