Western States 2025 : logique Amérique
Il faut bien le reconnaître, nous n’avions pas imaginé Abby Hall et Caleb Olson passer les premiers la ligne d’arrivée du Placer High School Stadium a Auburn. Et pourtant, les deux enfants du pays, comme un symbole, ont montré au monde entier que le mythique 100 miles californien était avant tout un grand récit américain.
Dans une chaleur encore plus écrasante que d’habitude, les deux athlètes ont réalisé respectivement la deuxième (14:11:25) et la troisième (16:37:16) meilleure performance sur le parcours. Le roi Kilian n’a fini « qu’à » la troisième place, tandis que le chouchou de la communauté américaine du trail, David Roche a été contraint à l’abandon. Retour sur une édition haute en couleurs et en température.
Une chasse gardée historique
Si la Western States est un mythe qui dépasse les frontières et qui connait aujourd’hui une popularité dont peu de courses peuvent s’enorgueillir, il faut bien mettre les choses au clair, elle reste avant tout une course américaine. Un évènement qui, dès sa naissance il y a plus de 50 ans, s’est forgé autour et avec l’histoire américaine. Pourtant, ces dernières années, le vieux continent tentait de faire croire que lui aussi avait sa place sur les chemins californiens. Mais cette course, plus qu’aucune autre, appartient à la communauté du trail américain. En 51 éditions, cinq hommes et cinq femmes seulement ont réussi à prendre le titre à un citoyen américain. Difficile de parler d’autre chose que de domination absolue. Les records de victoires ? Scott Jurek (7) et Ann Trason (14, oui, oui, 14, dont 10 titres consécutifs). Les chronos les plus rapides ? Jim Walmsley (14:09:28) et Courtney Dauwalter (15:29:33). What else ?
Abby Hall, la rédemption
C’est une histoire comme le pays de Hollywood les aime. Un come-back, dans la douleur et la difficulté, au prix d’efforts acharnés pour retrouver les sommets. Fin 2023, pendant près de deux ans, la coureuse originaire de Flagstaff, comme un certain Jim Walmsley, a été éloignée des sentiers suite à une blessure. Pour son retour, elle s’était attaquée à l’UTMB, rien que ça, et y avait signé une 31e place anecdotique pour une coureuse de son calibre. Trois mois plus tard, la mire était réglée. Vainqueuse de l’Ultra-Trail Kosciuszko en Australie (5ᵉ au scratch), reprenait confiance et l’année qui allait suivre n’a fait que confirmer son grand retour. 5e au Black Canyons Ultra en février, 4e du Chianti à peine deux mois plus tard, il y avait de quoi rêver. Le rêve, quasi ultime pour un traileur américain, celui de remporter la Western, le plus vieux des 100 miles, un des plus fous, aussi. Mais entre elle et la ligne d’arrivée d’Auburn, 160 km de poussière et de roches, dans le four californien. Pas une mince affaire. D’autant plus que pour sa première participation en 2021, il lui avait fallu plus de 22 heures pour venir à bout de la course, finissant en 14e position. Cette année, il ne lui en a fallu « que » seize, soit six heures de moins que lors de sa dernière participation, stratosphérique, mésosphérique, on ne sait pas bien où situer la progression.
Caleb Olson, la fausse surprise
Alors oui, il n’était pas notre favori, et il faut bien le dire, il n’était pas le favori de beaucoup d’observateurs. En effet, une course, et tout particulièrement un ultra, à laquelle Kilian Jornet participe ne laisse que peu de places pour d’autres éventuels favoris. Et même si, comme nous l’avons mentionné, la Western est historiquement une chasse gardée des coureurs locaux, l’arrivée de l’Espagnol pouvait laisser présager une victoire européenne. Le chamois expatrié en Norvège n’a pourtant terminé qu’à la troisième place, devancé par Chris Myers, deuxième, et donc Caleb Olson.
Vincent Bouillard semblait également capable d’endosser parfaitement le rôle du bad guy dans cet american dream. Vainqueur surprise du dernier UTMB, le coureur de l’équipe Hoka avait livré une belle bataille dans les vignobles du Chianti, terminant derrière Jim Walmsley et Kilian Jornet. On pouvait ainsi s’attendre à une belle performance du Français. Malheureusement, ce dernier a été contraint à l’abandon au 128ᵉ km, abîmé physiquement par une chaleur responsable d’une grande partie des abandons du jour.
Mais après avoir expliqué qui aurait pu, voire aurait dû gagner, parlons de celui qui s’est finalement imposé, le coureur de l’équipe Nike Trail, Caleb Olson. En Europe, continent décidément trop autocentré quand il s’agit de courir en sentiers, il s’était fait remarquer en pulvérisant la Transgrancanaria 2025. Après douze heures d’effort, pour un parcours cumulant 126 km et 5 790 m de dénivelé positif, l’américain avait disposé magistralement de la concurrence et signé une des performances de l’année. Il s’était également régulièrement illustré ces dernières années à l’occasion de la CCC (17e en 2021, 13e en 2022 et 12e en 2024). Déjà présent sur les chemins californiens l’année passée, Caleb Olson avait terminé à la cinquième place. Au fur et à mesure des coups de pinceaux qui composent ce portrait, on se rend compte que sa victoire n’est en fait pas tellement un hasard…
Enfin, pour conclure cette page de la Western States, nous vous invitons à lire une autre plume que celle d’Hashiru. Car le vainqueur de cette WSER 2025 n’a pas qu’une foulée déliée et une capacité de résistance à l’effort hors du commun, c’est aussi un auteur de récit de courses détaillés et entraînants. Son dernier papier s’intitule sobrement 14:11.
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