Édito : Pourquoi il faut suivre cette Western States 2025 ?

Vous la sentez ? Cette fièvre qui monte de la même manière que les Fahrenheit vont grimper à mesure que les coureurs descendront vers Auburn. La fièvre d’un Ouest plus si sauvage, mais dans lequel vous pourriez bien croiser de sacrés fauves ce samedi 28 juin. Alors oui, la Western, par définition, est le terrain de jeu d’une faune très rare, à la foulée supersonique et aux capacités physiques dépassant l’entendement. En témoigne la trace indélébile laissée par un des maîtres des lieux, le grand Jim Walmsley. Et si le Shérif Jim ne pourra pas gérer les outlaws venus fouler ses chemins, la fête n’en sera, étonnement, peut-être pas moins belle.
Sit down folks, we gotta talk.

Pour Kilian, 15 ans plus tard

Quatorze ans, il faut remonter quatorze ans en arrière pour replonger dans la dernière victoire de l’ultra-terrestre à la Western States Endurance Run (WSER). À l’aube d’une carrière qui allait devenir la plus éclatante de l’histoire de son sport, aux mêmes hauteurs que la meilleure coureuse de l’histoire, Courtney Dauwalter, le jeune Kilian était venu à bout du mythe californien en 15 h 34 min. Sa victoire devant Mike Wolf et Nick Clark avait eu un retentissement énorme. Ce jeune freluquet espagnol, qui comptait malgré tout déjà deux victoires sur le grand UTMB, était venu chambouler une course d’initiés et de coureurs plutôt expérimentés.

Mais l’histoire de Jornet à la WSER remonte à 15 ans, pour sa première participation lors de laquelle il avait pris la troisième place. Depuis, l’expatrié norvégien a accompli trop d’exploits pour que l’on puisse les lister ici, mais ce qui est sûr, c’est qu’il n’est plus le jeune coureur fougueux qui avait martyrisé l’UTMB en short et baskets légères. Père de trois enfants, investi dans la défense de l’environnement, notamment des espaces naturels protégés et quasiment scientifique du sport (il consacre un temps important à l’analyse très précise de données pour optimiser ses performances), on pourrait dire que Kilian Jornet a atteint l’âge de raison. Mais ce n’est pas pour autant qu’il aborde les courses et les défis avec moins d’envie, au contraire. Plus raisonné sur son nombre de courses réalisées par an (particulièrement pour limiter au maximum son bilan carbone), chaque défi fait l’objet d’une préparation extrêmement poussée et réfléchie.
C’est le cas de cette Western States, pour laquelle Kilian a réalisé des protocoles rigoureux d’acclimatations à la chaleur, un travail dantesque de vitesse à plat. Il a d’ailleurs réalisé une mini-série documentaire sur sa préparation, disponible en accès libre.

Chaque départ de Kilian Jornet a été un moment unique, de ses débuts à sa domination sans partage sur l’ultra-trail jusqu’à ses projets « off ». Mais celui de ce samedi 28 juin aura une saveur particulière, comme l’ultra-terrestre l’écrivait ces derniers jours :

Chaque pas ici est comme retrouver un vieil ami. Les forêts, les crêtes, les souvenirs… tout est encore là, exactement comme dans mes souvenirs. Il y a quelque chose de magique à être de retour après tout ce temps. Peut-être qu’il ne s’agit pas de recréer ce qui s’est passé en 2010 et 2011, mais d’écrire un nouveau chapitre sur ces sentiers intemporels.

Encore un nouveau chapitre, une nouvelle page, dans un ouvrage qui en compte déjà tant, et pourtant, il n’est pas inenvisageable que ces prochaines lignes s’inscrivent, elles aussi, dans l’histoire de ce sport. Leur auteur fait depuis longtemps partie de son panthéon, et on ne se lassera jamais d’un récit de plus.

Parce que l’Amérique attend David Roche

Soyons clair, ce n’est pas le nom le plus prestigieux de la scène du trail international, et même au pays de l’oncle Sam, quelques athlètes viennent se glisser bien devant David Roche. Courtney Dauwalter, Jim Walmsley, Katie Schide, Zack Miller… la liste de légendes U.S est aussi longue que le rouleau de « Sur la route » de Kerouac. Mais ces derniers mois, une figure peu commune est apparue dans le paysage américain. David Roche, 37 ans, natif du Maryland, écumait jusqu’en 2023 des courses allant de 30 à 50 km. Et puis, À 35 ans, soudain, le rêve d’enfant : David sera un coureur d’ultra, et pas n’importe quel coureur d’ultra, un vainqueur de courses et un massacreur de records. Pour son premier 100 km, il avait pris la 5e place du Canyon Endurance Run, une course réputée aux États-Unis. Une performance remarquable, mais pas de quoi faire une page dans Trail Magazine et encore moins une brève dans l’Équipe.

Mais le coureur/entraîneur ne va pas s’arrêter là, loin de là. Il va monter d’un, voire deux, voire dix crans, en s’attaquant à son premier 100 miles, et pas n’importe lequel, le Leadville Trail. Un 100 miles mythique aux États-Unis et dans le monde, perché dans les hauteurs du Colorado et ne descendant que très rarement sous les 3 000 mètres d’altitude. En venant d’une belle 5e place sur la Canyon Endurance, le coureur pouvait nourrir des ambitions, se disait-on, mais de là à viser le titre…

Résultat : record absolu de l’épreuve (15 h 26 contre 15 h 42) détenu jusque-là par une légende de l’Est, Matt Carpenter, et évidemment une première place amplement méritée. La communauté du trail américain est en branle, David Roche pourrait bien aller au bout de son rêve, pulvériser la Western States devant des cadors de la discipline.
Pour ne rien gâcher, ce dernier partage également sa méthode dans des vidéos et podcasts dans lesquels on découvre une personnalité particulièrement attachante. Entre un savant-fou de la méthode d’entraînement et de la nutrition et un père aimant, quelque peu stéréotype du bon père de famille américain.

Le coureur au T-Rex (son logo fétiche) saura-t-il enchaîner un nouvel exploit, qui le projetterait haut, très haut dans la galaxie du trail ? Son exploit à Leadville peut en tout cas lui permettre de regarder, et même de s’y projeter, le ciel étoilé d’Olympic Valley.

Parce qu’elle a rarement suscité autant l’attention

Ce n’est pas un scoop Hashiru, la course à pied est un raz de marée qui ne cesse de déferler dans nos sociétés. Les courses les plus modestes font le plein en quelques jours, là où les grands évènements sont plus assaillis que la billetterie de Taylor Swift. Strava est devenu plus bankable qu’Instagram et courir est devenu un véritable mode de vie. Suite au confinement, une partie toujours croissante de la population s’est en effet décidé à enfiler les baskets.
Dans cette même veine, l’attention médiatique et commerciale tournée vers la course à pied en général et le trail en particulier n’a jamais été aussi importante. Le week-end de l’UTMB est devenu un véritable mélange entre une salle de conférence de presse géante et un village expo du trail. Si l’on peut regretter certaines dérives de cette mise sur le devant de la scène, (augmentation de la contrainte sur les écosystèmes due au nombre de pratiquants toujours croissant, explosion du bilan carbone de la discipline liée au transport des coureurs, organisateurs, etc, arrivée de marques parfois assez éloignées du fameux « esprit trail ») il faut bien reconnaître que beaucoup de gens s’intéressent aujourd’hui à cette discipline, et en particulier à l’ultra-trail.

Une opportunité offerte par ce contexte est la qualité de suivi des évènements. Il paraît loin le temps où un simple fil Twitter animé par des passionnés sur place ou un live youtube chancelant permettait de suivre au goutte à goutte certaines courses. Aujourd’hui, il est d’une simplicité enfantine de suivre des coureurs quasiment au mètre près, d’avoir des écarts fiables et des images de grandes qualités.
Ce sera vrai cette année, sur la fameuse Western States qui proposera un live commenté, in english of course, pour l’ensemble de la course. Il sera donc facile, et dans des conditions assez agréables, d’assister à un petit moment d’histoire américaine.
Place aux pop-corn.

Pour en apprendre plus sur la Western States et son histoire, rendez-vous sur notre premier article sur le sujet.


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