Broken Arrow Skyrace : NNormal en patron sous le regard de Kilian Jornet
Alors que le climat des hauteurs californiennes rappelait à tous les coureurs qu’à de telles altitudes l’impensable est possible, on a un temps douté que la course puisse se tenir. Mais il faut davantage que quelques centimètres sur les sommets et des températures proches de zéro pour arrêter la communauté américaine du trail, habitué aux ambiances roots. La course principale, le 22 km s’est donc déroulé sereinement. Sérénité, c’est également le sentiment qui devait parcourir les responsables de l’équipe NNormal, fondé par Kilian Jornet, présent sur place. En effet, Elhousine Elazzaoui et Joyce Njeru ont tous deux triomphé sur le sol américain.
Du vent, puis des nuages, puis de la neige, puis de l’orage, le tout en à peine 48 h sur les hauteurs d’Olympic Valley. Après la chaleur étouffante connue par le peloton lors de la tournée asiatique, ce bol d’air frais aux alentours de 2000 mètres d’altitude était salutaire, mais de là à connaître les quatre saisons en si peu de temps…
Deux athlètes ont en tout cas su tirer leur épingle du jeu, Joyce Njeru (NNormal) et Elhousine Elazzaoui (NNormal). Partis l’un et l’autre assez prudemment, les deux représentants du continent africain ont grappillé mètres après mètres pour s’envoler dans la longue descente vers la ligne d’arrivée. Après avoir connu un début de saison marqué par plusieurs abandons, Joyce Njeru se relance enfin, tandis que le Marocain surfe sur sa vague en enchaînant après sa victoire à Zegama. Le classement général se trouve chamboulé, comme les pronostics de fin de saison.
Elazzaoui : la légende du lion de l’Atlas
Cela commence fort à ressembler à un bis repetita. Champion incontesté en 2024, le coureur marocain semble s’envoler vers un deuxième titre au classement général consécutif. Une performance d’autant plus remarquable que le coureur NNormal n’a pas pris part aux deux premières manches de la saison. Qu’à cela ne tienne, une mise en jambe conclue par une belle deuxième place au Golfo dell’Isola Trail, avant de s’imposer brillamment sur la classique basque de Zegama. On le savait en forme au départ de cette Broken Arrow Skyrace, mais les conditions climatiques pouvaient laisser penser qu’un coureur local tire son épingle du jeu. Il n’en fut rien, la démonstration a été totale, la tactique parfaite.
Pourtant, c’est peu dire que le Marocain se frottait à une farouche concurrence sur les chemins californiens. Patrick Kipngeno et Philemon Kiriago (respectivement 3e et 2e du général) collectionnent les podiums depuis le début de la saison des GWTS, ils n’ont d’ailleurs pas dérogé à la règle ce 22 juin, venant prendre la deuxième et la troisième place de la course. Alors que le début de saison pouvait laisser penser que les deux hommes ne seraient plus rattrapés tant leur talent avait éclaboussé la tournée asiatique, la course au titre est relancé, et la fin de saison promet de nous offrir, à défauts de surprises, un suspens certain.
La consécration pour Florea, le come-back pour Njeru
Nous l’avions annoncé dans nos colonnes lors de la présentation de la Broken Arrow Skyrace, à moins d’un accident, la coureuse de la Team Scott devait logiquement hériter de la première place du classement général. Sans Sara Alonso (Asics), sa principale rivale, pour batailler, la roumaine a poursuivi sa belle saison (4 podiums en 4 courses, dont une victoire en Italie) en allant chercher la deuxième place derrière Joyce Njeru. Elle ne compte cependant que 10 petits points d’avance sur sa rivale espagnole, et même si cette dernière ne participera à priori pas à la manche mexicaine du Tepec Trail, les dernières étapes européennes seront sans l’ombre d’un doute le théâtre d’un duel de titans.
Si Madalina Florea réalise une saison difficilement perfectible, il est en revanche une autre athlète dont le profil de saison nous a souvent surpris. Championne incontestée de la saison 2024 avec quatre victoires prestigieuses, Joyce Njeru était considérée comme intouchable à l’aube de cette année 2025. Et même si de prodigieuses coureuses se sont présentées à ses côtés sur les différentes lignes de départ en GWTS (Sara Alonso, Madalina Florea ou encore Judith Wyder pour ne citer qu’elles), rien ne pouvait laisser présager de la saison que vit Joyce Njeru. Habituée des podiums à répétition, la coureuse kényane n’a gravi ces fameuses marches qu’à une reprise, hier. Certes la plus belle des marches en triomphant magistralement de ses adversaires, mais l’énigme Njeru reste. Une seule victoire et un seul podium face à deux abandons, le mystère est entier. Bien sûr, la chaleur et l’humidité des deux premières étapes n’ont fait aucun cadeau, notamment aux athlètes habitués aux départs explosifs comme la coureuse NNormal. Bien sûr, au sortir d’une saison 2024 harassante, relancer la machine a pu s’avérer difficile. L’année 2025 de Joyce Njeru n’a probablement pas pris la tournure qu’elle aurait souhaitée, mais la Californie a donné de nouvelles couleurs à la Kényane, au point de la voir briller en cette fin de saison ? Affaire à suivre.
Tepec Trail, l’impasse mexicaine ?
On prend les mêmes et on recommence. À peine remis de la fête californienne, la troupe de trailers des GWTS a repris la route, direction le sud et Huasca de Ocampo pour le Tepec Trail. Une promenade longue de 31 km pour 1433 mètres de dénivelé. À priori, rien d’insurmontable pour un groupe qui vient d’accumuler quelques globules rouges dans les hauteurs d’Olympic Valley. Mais c’est là que l’équation se complique, la Californie était haute, le Mexique l’est tout autant. De nouveau, les GWTS vont côtoyer les sommets, le départ étant situé à 2 000 mètres avec des passages de course venant frôler les 3 000 mètres. Dire que les globules rouges vont être nécessaires serait un euphémisme, tant les organismes sont mis à rude épreuve dans ces conditions, en particulier aux intensités qu’exige le niveau des GWTS.
L’étape mexicaine sera donc un bon juge de paix pour mesurer où en sont les leaders, et notamment sur leur capacité à enchaîner deux courses aussi exigeantes en l’espace d’une semaine. Chez les dames comme chez les hommes, certains athlètes commencent à avoir quelques kilomètres au compteur en cette saison 2025, au point de mettre le clignotant ou de subir une contre-performance ?
Comme on dit du côté de Huasca, ya veremos, nos vemos este fin de semana.
Laisser un commentaire