Zegama-Aizkorri : ¡Qué espectáculo!

Sur la ligne de départ, dimanche 25 mai, ils et elles étaient nombreux à vouloir s’adjuger l’une des courses les plus prestigieuses du monde du trail. Mais pour Sara Alonso et Elhousine Elazzaoui, Zegama-Aizkorri signifiait davantage qu’une course mythique, un rêve, cultivé depuis de nombreuses années. Au bout de deux batailles épiques, l’un comme l’autre sont venus à bout du monument basque. Le classement général des Golden World Trail Series est chamboulé, et pour les deux vainqueurs, les souvenirs sont gravés, à jamais.

Le sport, souvent, est une affaire de patience, de résilience même. Chaque athlète a déjà expérimenté, au plus profond de sa chair, la déception, la douleur d’un abandon ou d’une échéance manquée. Mais les championnes et les champions ont en eux cet ingrédient inhérent aux plus grands : la capacité à se relever, à digérer la difficulté pour en faire une force, nourrir une rage de vaincre qui les pousse, année après année, à revenir à la charge.

Hier, l’Espagne pouvait se targuer d’être un des meilleurs exemples de cet état d’esprit. Pendant qu’un géant tirait sa révérence sur le court Philippe Chatrier de Roland-Garros, une de ses compatriotes, déjà grande, elle aussi, décrochait un de ses plus beaux rêves.
Des deux côtés, il y eut des larmes, lourdes d’émotions, mais aussi de sens, tant elles incarnaient le sacrifice et l’opiniâtreté. Et si pour l’un, l’histoire se termine de la plus belle des manières, chez lui, pour l’autre, l’avenir semble aussi radieux que le ciel de Zegama.
Pays ami de l’Espagne, le Maroc était aussi à l’honneur hier, et à nouveau, on pourrait presque y voir une forme de lien. La pudeur et l’humilité d’Elhousine Elazzaoui n’était pas sans rappeler les traits du roi de Manacor, toujours réservé et quasiment timide, même du haut de son statut de dieu de la terre battue.

À Zegama, comme à Paris, ce dimanche de mai nous aura offert des émotions que seul le sport peut susciter, où les géants sont secoués de sanglots en voyant leur épopée défiler sous leurs yeux, et où les futurs très grands sont aussi frappés par l’émotion alors qu’ils franchissent l’une des premières marches de leur destinée.

Sara Alonso : le rêve d’une vie

Au micro des Golden World Trail Series, Sara Alonso, 26 ans, originaire de San Sebastian, confiait à quelques jours du départ à quel point Zegama-Aizkorri occupait une place spéciale dans son cœur. Son cœur d’athlète et de traileuse de haut niveau, mais aussi et avant tout son cœur d’enfant du Pays Basque.

Pour n’importe quel traileur du monde, Zegama, c’est comme un rêve. Mais si l’on vient d’ici, cela prend encore une autre dimension.

Or, pendant quelques années, ce fut un rêve contrarié pour la coureuse espagnole. En 2022, elle se classe troisième de la course, un véritable déclic, qui convainc définitivement Sara Alonso qu’elle a sa place parmi l’élite du trail et qu’elle peut avoir des ambitions encore plus grandes. En 2024, alors qu’elle souhaite rééditer sa performance de 2022, la coureuse est frappée la veille du départ d’une pneumonie qui la mettra à terre de longues semaines. Mais le rêve n’en pâtit pas, bien au contraire, l’épreuve nourrira la championne et elle cochera bien longtemps à l’avance la date du 25 mai 2025 dans son calendrier.

Hier, elle est enfin allée au bout du rêve, chez elle, devant son public, sur ses chemins, pour décrocher la plus belle victoire de sa jeune carrière. Rapidement en tête, elle comptait un peu plus de quarante secondes d’avance sur Judith Wyder au huitième kilomètres. Suffisamment pour contenir ses adversaires ? Largement pour celle qui ne pouvait tout simplement pas échouer hier, puisque seulement cinq kilomètres plus tard, l’écart était passé à quasiment deux minutes, et n’allait pas baisser jusqu’à la ligne d’arrivée.
Elle a passé cette dernière après 4 h 27 min 25 s, à seulement dix minutes du record de l’épreuve établi en 2022 par Nienke Brinkman, et s’est adjugée la première place du classement général des GWTS, deux petits points devant Madalina Florea. Une bonne affaire mathématique, même si hier, l’essentiel était ailleurs, aller au bout du rêve.

Le plus beau dauphin de Kilian Jornet

Pour lui aussi, Zegama correspondait jusqu’à hier à un rendez-vous en demi-teinte, après deux secondes places en 2023 et 2024. Par deux fois, un Espagnol s’est hissé entre lui et la victoire, Manuel Merillas en 2023, au terme d’une course pleine de rebondissements, et l’homme le plus titré à Zegama (11 victoires), Kilian Jornet.
Les deux hommes se connaissent d’ailleurs bien, puisque Elhousine est une des figures de proue de la marque du roi du trail, NNormal, et qu’une amitié sincère est née au fur et à mesure de leurs confrontations sur les sentiers du monde entier.

Pourtant, hier, pendant longtemps, ce n’est pas le Marocain qui était aux avant-postes, mais un Espagnol, encore, qui prenait la lumière du Pays Basque. Peu connu du grand public, Andreu Blanes a en effet pris un départ supersonique, laissant sur place l’ensemble du peloton et même Thomas Cardin et Roberto Delorenzi, partis un temps dans la foulée de l’Espagnol. Au passage du treizième kilomètre, il comptait plus d’une minute trente d’avance sur ses poursuivants, alors qu’Elhousine recollait à peine sur le troisième.
Mais tout comme Sara Alonso, le rêve était trop fort, trop grand pour ne pas se réaliser. Petit à petit, le coureur natif de Zagora dans la région du Drâa-Tafilalet, a refait son retard, pour prendre assez rapidement la deuxième place de la course, alors qu’Andreu Blanes accusait le coup.

La course semblait donc bien tourner en faveur du Marocain, mais c’était sans compter sur la montée harassante du sommet d’Aizkorri. Quasiment 500 mètres de dénivelé positif séparent le 20e du 23e kilomètre à cet endroit de la course… Daniel Pattis en a ainsi profité pour s’emparer de la première place, Elhousine sur ses talons à une poignée de secondes. Or, passé Aizkorri, la partie la plus favorable au coureur NNormal pouvait enfin débuter, une longue descente vers Zegama. Il s’est alors montré intraitable, plaçant rapidement ses adversaires plus de quatre minutes derrière lui, la messe était dite.

Tout comme Sara Alonso, il se rapproche du record de l’épreuve (établi, bien évidemment, par Kilian Jornet) en 3 h 43 min 28 s contre 3 h 36 min, mais tout comme Sara Alonso, la victoire importait bien plus que le chrono. Elhousine Elazzaoui rentre un peu plus dans l’histoire de Zegama, et il y a fort à parier qu’il sera sur la ligne de départ l’année prochaine pour défendre son titre.


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