Zegama, la légende Basque
42 kilomètres, 2 730 mètres de dénivelé positif, des paysages à couper le souffle et un ambassadeur de la course qui n’est autre que Kilian Jornet, tel est le menu d’une des plus grandes classiques du trail, Zegama Aizkorri. Ce 25 mai, la course sera à nouveau au programme des Golden World Trail Series. Et si les athlètes sont souvent sous le feu des projecteurs, la vraie star, cette fois, ce sera bien la course basque.
Le terme de « classique » appartient, il faut le reconnaître, au monde du cyclisme. Des flandriennes aux ardennaises en passant par les italiennes, ce mot a une connotation forte, qui évoque d’interminables heures de selle, des visages méconnaissables tant les pavés du Nord ou les Strade Bianche transforment les hommes et les femmes en bêtes sourdes, mues par une volonté qui dépasse l’entendement.
Mais s’il faut rendre à César ce qui est à César, ou plutôt à Bartali ce qui est à Bartali, le monde de la course à pied s’est aussi construit, peu à peu, son univers de classiques. En France, par exemple, Sedan-Charleville a vu le jour en 1906, autant dire que peu de coureurs ont participé à la première édition, chaussures carbones au pied et ravitaillement calibré au gramme près.
Quasiment un siècle plus tard, un petit village peuplé d’irréductibles basques, à défaut de résister encore et toujours à l’envahisseur, décide de créer une course en montagne mettant en valeur son territoire et ses montagnes. L’idée met quelque temps à mûrir avant d’être définitivement adoptée par la communauté de Zegama. Le circuit prendra les contours d’un marathon, en passant par le massif d’Aratz et la cordillère d’Aizkorri (qui donnera d’ailleurs à la course la deuxième moitié de son nom complet : Zegama-Aizkorri.)
Depuis, la course est peu à peu devenue une référence dans le monde du trail. Son parcours, son ambiance digne des plus grands cols du Tour de France et la liste de départ royale année après année, autant d’éléments qui ont construit ce qu’est Zegama aujourd’hui, le mythe basque.
Le jardin de Jornet
Mais un décor, aussi exceptionnel soit-il, peut-il vivre sans de grands acteurs ? L’UTMB serait-il ce qu’il est aujourd’hui si la monarchie du trail n’était pas venue adouber ce circuit autour de Chamonix ? Peut-être, mais les courses homériques qu’ont livré Courtney Dauwalter, Katie Schide, François D’Haene, Xavier Thévenard, Kilian Jornet, Jim Walmsley et tant d’autres ont largement contribué à édifier, pierre après pierre, le monument qu’il est aujourd’hui.
Pour ce qui est de Zegama, la course basque n’échappe pas à la règle. Un des très grands du trail a posé sa marque sur la course, en la remportant onze fois, sur vingt-et-une éditions au total. Kilian Jornet a réalisé ce qu’aucun autre coureur n’a pu faire à Zegama, une domination sans partage, sans espoir pour des générations de concurrents venus se casser les dents sur la roche basque. L’Espagnol a triomphé (et amélioré plusieurs fois le record de l’épreuve) en 2007, 2008, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2016, 2019, 2022, 2024. Cela ne vous rappelle rien ?
Du skyrunning aux GWTS
Très rapidement, le marathon basque a attiré l’attention d’une grande partie de la scène internationale du trail, et notamment des circuits de course. Dès 2004, la course intègre le circuit des Skyrunner World Series, une série de courses de trail particulièrement techniques et réputées pour être à la croisée des chemins entre course à pied et alpinisme ou escalade, tant certains passages sont engagés.
Mais la reconnaissance de Zegama ne s’arrête pas là, en 2018, alors que Salomon lance les Golden World Trail Series, la marque spécialisée en montagne ne peut tout simplement pas passer à côté du monument. D’autant plus qu’à l’époque un des athlètes phares de la marque n’est autre que… Kilian Jornet. Il est donc cohérent que Salomon intègre Zegama à son circuit, après tout, voir briller son athlète phare dans une course tout aussi importante, d’un point de vue de l’image, cela se tient.
Depuis cette intégration, un vent de fraicheur est apparu sur Zegama, avec de nouveaux profils et de nouveaux athlètes, notamment issus de la nouvelle génération ou d’équipes moins médiatisées, venant se frotter aux presque 3 000 mètres de dénivelé positif.
Quel paysage pour l’édition 2025 ?
En ce qui concerne les GWTS, cette édition est pleine de promesse. Tout d’abord en ce qui concerne les protagonistes, Madalina Florea (Scott), leadeur au classement général sera absente de l’étape et ne pourra donc pas creuser l’écart sur ses adversaires directs, même si la Roumaine dispose d’une avance confortable. Une de ses grandes rivales, actuellement troisième au classement général, sera en revanche bien au départ dimanche 25 mai 2025, puisque Sara Alonso (Asics) fera son grand retour en GWTS. L’Espagnole avait impressionné l’ensemble du plateau lors de sa rentrée à Kobe en s’imposant de la tête et des épaules devant Madalina Florea et Malen Osa Ansa.
La coureuse du team Asics aura fort à faire, mais elle aura certainement le classement en tête : pour le moment troisième avec 366 points, une victoire (200 points) la ferait passer à la première place du podium puisque Madalina Florea compte présentement 564 points. Mais la coureuse aura affaire à une sérieuse concurrence au Pays Basque, avec notamment la présence de Judith Wyder, deuxième du classement général en 2024 et vainqueur la même année du Marathon du Mont-Blanc.
Côté masculin, on ne prend pas les mêmes et on ne recommence pas. Quasiment tout le haut du classement est en effet en repos après un début de saison particulièrement éprouvant (tournée asiatique suivie d’une étape Italienne marquée par l’humidité), excepté Elhousine Elazzaoui, deuxième lors de la dernière manche de Noli. Le coureur marocain sera au centre de toutes les attentions, puisque ce dernier avait fini deuxième l’année passée derrière un certain Kilian Jornet. Et il ne fait pas l’ombre d’un doute qu’en l’absence de son compagnon de l’équipe NNormal, le champion de la saison 2024 voudra accrocher Zegama à son tableau de chasse.
À noter également l’entrée en lice de Thomas Cardin (Kiprun), référence française sur la longue distance et vainqueur cette saison de la Sainté-Lyon, du Grand Trail des Templiers ou encore du Grand Raid du Ventoux by UTMB. Le coureur ne cesse d’impressionner par sa capacité de vitesse sur les courses dites roulantes, et si Zegama ne présente pas nécessairement le profil de course sur lequel on peut avoir l’habitude de le voir briller, sa polyvalence en fait malgré tout un candidat tout à fait sérieux pour la victoire finale.
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