Madalina Florea, Regina d’Italia
À l’occasion de la troisième manche des GWTS à Noli, théâtre de la grande finale de la saison 2023, une coureuse était au centre de tous les regards. Madalina Florea n’a pas déçu le public italien, s’imposant avec brio sur une terre qui signifie tant pour elle. De son côté, l’inusable Philemon Kiriago a enfin décroché sa première victoire de la saison, après deux secondes places consécutives. Sur la Riviera di Ponente, de nouvelles têtes ont également brillé.
Il est des courses qui marquent la vie et la carrière d’une athlète. Et si Madalina Florea n’a plus grand-chose à prouver à qui que ce soit, tant son talent éclabousse le trail international depuis quelques années, il ne fait pas l’ombre d’un doute que la petite ville de Noli restera gravée à jamais dans sa mémoire. Il y a deux ans, elle y remportait déjà une des plus belles victoires de sa carrière, en s’adjugeant la grande finale des GWTS 2023. Ce samedi 17 mai, la pensionnaire de l’équipe Scott a marché dans ses propres pas, s’adjugeant triomphalement la première place du classement général, et confirmant que l’Italie lui réussit.
La victoire deux ans plus tard
Si la Roumaine est parvenue à décrocher une des plus importantes victoires de sa carrière, ce ne fut pas chose aisée. Dès le départ, deux adversaires de taille sont venues contrarier le conte de fée qui pouvait s’écrire à Noli. Philaries Kisang (On Run2gether) et Joyce Njeru (NNormal) ont en effet comme à leur habitude prise un départ extrêmement rapide. Il faut dire que la première boucle du parcours de 26 km ne faisait qu’un kilomètre pour sept mètres de dénivelé positif, autant dire une séance de piste pour des athlètes ayant l’habitude de frôler les 20km/h à plat. Madalina était alors idéalement placée dans le peloton de tête sans toutefois prendre les commandes de la course. Devant elle, c’est Naomi Lang (Salomon) qui semblait décidée à garder son avance le plus longtemps possible, mais dès la première ascension, Philaries a prouvé à l’ensemble du groupe qu’il faudrait compter sur elle dans les chemins raides de la Riviera di Ponente.
Peu à peu, un groupe de trois coureuses s’est dégagé, composé de Philaries Kisang, Madalina Florea et Joyce Njeru. Au vu de l’allure prise une bonne partie de la course, on aurait d’ailleurs pu penser que le classement resterait inchangé jusqu’à la ligne d’arrivée. Mais si les deux Kényanes paraissaient plus performantes que la Roumaine en début de course, notamment dans les montées, la coureuse de l’équipe Scott a réalisé une véritable démonstration en descente, notamment dans les segments les plus techniques de la course. Rapidement, elle a repris la tête, malgré une résistance à toute épreuve de Philaries.
Et quid de Joyce Njeru direz-vous ? Si la coureuse a dominé les saisons passées, il faut bien admettre qu’elle est l’ombre d’elle-même en 2025. Absente du podium des trois premières manches en comptant l’étape italienne de ce week-end, elle a de surcroit été contrainte à l’abandon lors des deux dernières étapes. En Chine, la chaleur et une mauvaise stratégie de nutrition avaient particulièrement été mis en cause, on aurait donc pu s’attendre à ce que la Kényane, pourtant expérimentée, redresse le cap à Noli. Il n’en fut rien, partie sur un rythme potentiellement trop important et victime des conditions assez humides, la coureuse de NNormal a abandonné aux alentours du 19e kilomètre. La prochaine manche (Zegama, le 25 mai) approche à grands pas et s’annonce encore plus exigeante que la course italienne, espérons donc que Joyce Njeru et son staff sauront corriger ces défaillances répétées.
Il faut bien dire qu’abandon ou pas, on aurait difficilement vu Joyce rattraper les deux femmes en tête, tant l’allure n’a quasiment jamais diminué. Philaries Kisang et Madalina Florea se sont longtemps échangé la première place. Dès que l’une ou l’autre semblait avoir réalisé un écart suffisamment conséquent, le live nous montrait en arrière-plan la poursuivante, revenir petit à petit, inlassablement, sur la femme de tête. Il aura fallu attendre le début du dernier tour pour que la championne de l’édition 2023 fasse enfin le trou sur sa concurrente kényane. Elle ne reverra cette dernière qu’une fois la ligne d’arrivée passée, les larmes d’émotion de 2023 laissant cette fois place à un immense sourire.
La Roumaine, en plus d’une magnifique victoire, empoche donc en plus la première place du classement général. Une magnifique récompense pour une des athlètes les plus constantes du peloton (2e à Kobe, 3e à Chengde), au point de commencer à envisager sérieusement une victoire sur la saison 2025 ? Peut-être, l’avenir nous le dira, mais en attendant, place à Zegama pour la Regina d’Italia.
Un duel maroco-kényan au sommet
C’était une des grandes sensations de cette troisième manche des GWTS, le retour du coureur NNormal, Elhousine Elazzaoui. Champion, et de loin, de la saison 2024, habitué des podiums en général et des victoires en particulier, le coureur marocain a écrit sa légende en grande partie dans le sillage des GWTS. Il a régulièrement offert un grand spectacle aux amateurs de descentes furieuses et de finish au sprint et est encore aujourd’hui l’un des meilleurs coureurs du circuit. Mais le calendrier d’Elhousine en GWTS ne commençait cette année qu’à l’occasion de la troisième étape, à Noli.
Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, son retour était accompagné de celui de Rémi Bonnet, qui, après avoir remporté tout ce qu’il est possible de gagner cet hiver en ski-alpinisme, rechaussait enfin les baskets. Le duel homérique entre les deux hommes était quasiment écrit d’avance, à tel point que chez Hashiru, on se creusait déjà la tête pour savoir quel titre donner à cette confrontation entre deux Suisses (un d’adoption, Elhousine ayant passé une grande partie de sa vie dans le pays, et un né à Charmey).
Mais les scénarios, comme les champions, un jour, sont fait pour être défaits, et si le Marocain a confirmé son statut, le Suisse a connu un jour sans.
Cela n’a malgré tout pas empêché Elhousine de l’avoir son fameux duel, mais il a eu lieu avec Philemon Kiriago (Run2gether), qui arrivait en Italie fort d’un début de saison tonitruant (deux deuxièmes places en autant de courses).
Comme chez les dames, le départ pouvait s’apparenter à celui d’un 10 km sur route : foulée déliée et chaussures à plaques carbones pour certains étaient en effet au menu sur le premier des cinq tours du jour.
À la surprise générale, le peloton d’une dizaine de coureurs qui s’était envolé dès le départ ne s’est pas fragmenté dès la première montée, comme c’est souvent le cas, puisqu’à la fin du deuxième tour, le petit groupe semblait toujours assez compact. Allait-on assister à une course en peloton jusqu’au terme ? Dès la sortie du deuxième tour et le début de la première ascension du tour suivant, la réponse fut non. Les deux stars du jour, Rémi Bonnet et Elhousine Elazzaoui, ont fait le show et se sont détachés, poursuivis par un petit groupe emmené par Philemon Kiriago. Petit à petit, il a repris le terrain que Rémi Bonnet perdait, pour abandonner finalement le Suisse dans les collines italiennes. Quatre coureurs, dont Elhousine et Philemon caracolait alors en tête, et l’écart avec les poursuivants ne paraissait souffrir d’aucune contestation. Au 16e kilomètre, le podium donnait l’impression d’être d’ores et déjà acté.
Aux environs du 19e kilomètre, Philemon a sonné la révolte, celle d’un coureur qui en avait marre de se voir attribuer la seconde marche du podium faute d’avoir été plus acteur de la course. Il a donc joué particulièrement habilement sur son point fort, une vitesse au-dessus de la moyenne à plat. Chaque portion un tantinet roulante le voyait prendre quelques mètres sur Elhousine, et il a fallu quelques descentes techniques pour que le Kényan ne s’envole pas trop tôt. C’est d’ailleurs précisément dans l’une d’elles que le Marocain a placé une attaque qu’il pensait alors probablement décisive. Il restait alors moins de deux kilomètres à parcourir, l’affaire était jouée. Vraiment ? C’était sans compter sur cette fameuse vitesse du coureur Run2gether. Dans un final rendu un peu confus par un balisage visiblement mal maitrisé par les coureurs, il a progressivement accéléré pour atteindre une allure assurément supérieure à 20km/h. Face à un tel moteur, Elhousine, peut-être légèrement émoussé par ce retour dans l’humidité de Noli, n’a rien pu faire, et c’est bien le Kényan qui a décroché sa première victoire de la saison. Son sourire, rappelant celui de la reine du jour Madalina Florea, en disait long, tant l’athlète semblait attendre cette consécration de son impressionnante régularité. Patrick Kipngeno n’étant pas présent à Noli et n’ayant donc récupéré aucun point, Philemon Kiriago a en plus eu le plaisir de prendre la première place du classement général. De quoi créer un déclic pour ce dernier au point de le voir ne plus quitter cette dernière ? Affaire à suivre.
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