Laurent et Wasser électrisent les championnats de France

L’un était le grand favori, l’autre avait éclaboussé de son talent la rentrée de Division 1 à Saint-Cyr : Thomas Laurent (Évreux A.C Triathlon) et Emma Wasser (ASPTT Strasbourg Tri) ont tous les deux réalisé des courses à pied de très haut niveau pour décrocher l’or de ces championnats de France de Duathlon à Mâcon. Retour sur ces deux courses de haute volée.

Chez les hommes comme chez les femmes, la différence s’est faite lors de la deuxième course à pied, la première section et le vélo n’ayant pas dégagé de clairs favoris. En effet, les deux champions de France du jour n’ont laissé aucune chance à leurs poursuivants, en réalisant tout deux le meilleur temps sur les 2,5 km fatidiques. De plus, les scénarios de courses ont offert au public mâconnais de beaux moments, et même quelques surprises.

Thomas Laurent : l’international confirme avant l’Europe

Il était déjà sélectionné en équipe de France pour les championnats d’Europe en Pologne, le 27 avril, mais le Normand a envoyé un message clair à la concurrence du jour : sa place en sélection est non seulement amplement justifiée mais également vouée à durer.
La course a commencé sur les chapeaux de roue, avec un départ rapide de l’ensemble du peloton. Le pack semblait voué à arriver au parc à vélo groupé, mais un homme en avait décidé autrement. Avec le dossard 194, on ne l’attendait pas forcément aux avants-postes, et pourtant Quentin Cau (RMA Paris) a fait le show. Il a d’abord pris dix, puis vingt, puis quasiment cinquante mètres d’avance sur ses poursuivants, surpris de voir le crossman faire cavalier seul. Mais les coureurs n’étaient pas inquiets, à juste titre ; il semblait en effet peu probable que le parisien puisse conserver son avance seul à vélo.

Thomas Laurent était alors confortablement installé dans ce peloton, tout comme la plupart des favoris dont Léo Starck (Tritons Meldois). L’athlète normand semblait presque avoir anticipé que le scénario de course serait relativement similaire à celui de l’an passé : un groupe de plusieurs dizaines de coureurs jusqu’à la deuxième transition pour un finish de folie.
Comme on pouvait s’y attendre, le numéro de soliste de Quentin Cau a pris fin dès la première transition, vite rattrapé par les athlètes placés à l’avant du parc à vélo et ayant été légèrement plus lent que ses concurrents pour enfiler son casque et monter sur sa machine, il a été englouti par un pack d’une quarantaine d’athlètes.

Les spectateurs en avaient alors déjà eu plein les yeux, un raid solitaire en course à pied n’est en effet pas vraiment monnaie courante en duathlon, en particulier lors des courses de championnats lors desquelles l’aspect tactique est primordial. Mais les athlètes avaient décidé d’offrir de nombreux coups d’éclats aujourd’hui. Une attaque menée par Hansmaennel et Simionato (Metz Triathlon) laissait à nouveau médusé le peloton, allait-on enfin le laisser tranquille ?
De nouveau, on ne peut pas dire que le groupe contenant les favoris se soit particulièrement affolé, de nouveau ils avaient vu juste.

À vaincre sans péril on triomphe sans gloire dirait Séneque, sauf que Séneque n’a jamais eu a tenir un écart de 38 secondes face à un peloton bien organisé et décidé à ne pas se laisser faire. Successivement mené par le club d’Évreux A.C et les Tritons Meldois, avec Léo Starck et Thomas Laurent régulièrement aux commandes, la meute a gagné mètre par mètre, avant que les deux messins décident de rendre les armes, résignés mais pouvant être fiers d’avoir fait douter, ne serait-ce qu’un instant les meilleurs duathlètes français. Le futur champion de France confiait d’ailleurs au terme de la course « s’être un peu affolé pour rien. Je suis allé chercher les gars de Metz, c’était un effort qui n’était pas forcément utile puisqu’au vu du parcours ça se serait forcément regroupé. »

Comme en 2024, c’est donc un groupe conséquent qui s’est présenté à la deuxième transition. Et alors que les athlètes posaient le plus rapidement possible casques et machines, Thomas Laurent a jailli comme un éclair. Lors de la rentrée du championnat de D1 il avait regretté avoir utilisé des cales au lieu de pédales plates, ralentissant de facto ses transitions. Il nous confiait avoir rectifié le tir pour préparer Mâcon, le choix s’est révélé plus que payant : ses deux transitions ont été supersoniques. « Je savais que mon emplacement était tout au bout du parc, j’ai couru le plus vite possible avec mon vélo et je n’avais plus qu’à enlever le casque. » Ayant appliqué la même stratégie, Léo Starck et Valentin André sont également sortis très rapidement du parc à vélo, mais le Normand semblait intouchable en terre mâconnaise. « J’ai débranché le cerveau et je suis sorti avec quelques secondes d’avance, après je me suis dit que j’avais réussi la partie qui me stressait le plus, la deuxième transition, il n’y avait plus de questions à se poser. »


Rapidement, l’athlète entraîné par son frère Martin Laurent (sixième de la course) a gagné du terrain sur ses deux poursuivants, Léo Starck et Valentin André (Tritons Meldois), le caméraman à vélo lui-même peinait d’ailleurs à suivre le leader. Ce dernier s’est retourné quelques fois pour s’assurer que le trou avait été fait, avant de fixer son regard vers l’horizon et la ligne d’arrivée, sachant que cette dernière ne pourrait plus lui échapper.
Il a terminé la course avec près de dix secondes d’avant sur ses poursuivants, André terminant deuxième et Starck troisième.

Vainqueur la semaine passée à Saint-Cyr pour la première manche de D1, Léo Starck était satisfait d’une troisième place pour laquelle il a fallu batailler fort : « c’était les premières chaleurs pour moi et je sais qu’en général je souffre sur la première course « chaude » de l’année. Je me sentais moins frais que la semaine dernière donc ce podium me rassure et fait du bien ! Je suis vraiment content d’avoir été en mesure de batailler pour la deuxième place dans des conditions difficiles pour moi.« 

À trois semaines des championnats d’Europe, on peut légitimement considérer que Thomas Laurent s’avancera sur la ligne de départ polonaise avec de grandes ambitions. « Le critère de sélection pour les championnats du Monde c’était de faire champion de France, c’est chose faite. C’est mon premier titre national élite, ça annonce une très belle saison 2025. »
L’avenir semble en effet radieux, en Pologne, puis en Chine pour les championnats du monde, sans oublier le championnat de D1, où il apparaîtra désormais systématiquement comme un des favoris.

Emma Wasser, l’ascension fulgurante

On la sentait particulièrement en forme lors de la première étape de D1 à Saint-Cyr, nous avions d’ailleurs évoqué dans notre présentation de ces championnats de France la possibilité que la licenciée de l’ASPTT Strasbourg Tri soit une candidate au titre. Du haut de ses 25 ans, Emma Wasser a délivré une partition quasiment parfaite.

Accompagnée, une bonne partie de la course, de Meghan Bazire (Tritons Meldois), vice championne de France du jour, elle s’est présentée dans le groupe de tête dès la première transition après une course à pied lors de laquelle elle a réalisé le deuxième meilleur temps.

Bien positionnée avec Meghan Bazire dans le peloton, Emma Wasser attendait patiemment son heure. À cet instant de la course, le tendance semblait pourtant plutôt pencher en faveur de sa concurrente des Tritons Meldois, qui avait paru à l’aise tant sur la première course à pied qu’à vélo. Et même après la deuxième transition, à nouveau parfaitement exécutée par la meldoise, on était en mesure de penser que cette dernière irait au bout.

Mais la strasbourgeoise n’avait pas encore dévoilé l’ensemble de son jeu, on peut même dire au vu du scénario de course qu’elle avait gardé ses meilleurs cartes pour les 2,5 derniers kilomètres.

En effet, Emma Wasser avait plutôt laissé la Meldoise mener les débats après la première transition. À la sortie du parc à vélo, elle a rapidement pris la roue de Meghan Bazire qui avait quelques secondes d’avance. Les deux femmes ont creusé l’écart sur leurs adversaires jusqu’à pouvoir apercevoir la ligne d’arrivée. C’est à ce moment décisif que la Strasbourgeoise a fait tapis. Elle a su attaquer habilement dans les dernières centaines de mètres, et, voyant que Meghan Bazire ne semblait pas en mesure de contrer, s’est envolée vers un titre de championne de France. La strasbourgeoise a mis seulement 8 min 20 s à boucler les 2,5 km, soit 18 km/h ou 3’20/km de moyenne. Ébouriffant
Et si Meghan Bazire termine à seulement 3,4 secondes d’Emma Wasser, elle a également réalisé une course pleine. Troisième l’année dernière, elle gagne une place sur ce podium des championnats de France, et s’envolera pleine de confiance vers la Pologne pour les championnats d’Europe. « J’ai pris le risque d’imposer mon tempo dès le début de la deuxième course à pied. Au bout d’un kilomètre nous étions trois, puis seule Emma reste dans ma foulée. Elle me dépose sur place sur le dernier 100 mètres. Même si je voulais jouer la victoire, c’est une course plutôt complète et satisfaisante pour ma part, je suis contente de cette course. » Confiait l’internationale tricolore après sa médaille d’argent.
Derrière, Camille Laurent (La Grande Motte Triathlon) complète ce trio de tête.

La saison de duathlon s’annonce donc palpitante, tant en France qu’à l’étranger, où nos internationaux comptent bien jouer les premiers rôles.


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