Ultra-trail du Chianti : il buono, il brutto, il cattivo

Le bon, Vincent Bouillard; la brute, Kilian Jornet et le truand, Jim Walmsley, un casting dont même Sergio Leone n’aurait pas rêvé. Le 22 mars 2025, dans l’aube du village de Radda, trois vainqueurs de l’UTMB seront au départ de la course de 120 kilomètres.

Qui va piano va sano, certes, mais pas quand trois monstres sacrés de leur discipline s’affrontent sur les chemins de Toscane. Avec des cotes UTMB (un indicateur de performance en Trail) supérieures à 900 points (sachant que le maximum est de 1 000 points), la course promet d’affoler les compteurs et on peut légitimement s’attendre à des moyennes ahurissantes au vu du parcours relativement « roulant ». En effet, la course de 120 kilomètres ne compte « que » 5 200 mètres de dénivelé positif. Pas étonnant lorsque l’on sait que le sommet le plus haut auquel se frotteront les coureurs culmine à… 900 mètres d’altitude. De quoi faire sourire aussi bien Kilian et ses 82 sommets de plus de 4000 mètres en 19 jours, Jim et sa nouvelle vie dans le Beaufortain, que Vincent, dernier vainqueur express d’un UTMB de légende.

Le seul point qui pourrait faire espérer que ce trio infernal ne fasse pas passer l’ultra italien pour une promenade de santé est sa date. Les protagonistes du 22 mars sont tous adeptes d’un hiver plus consacré au ski de randonnée qu’à l’intensité sur tapis de course ou aux stages en Afrique du Sud. Mais cet espoir semble bien mince, quand on voit les quelques séances qui ont filtré ces dernières semaines. État des lieux de ce casting cinq étoiles.

Il buono : Vincent Bouillard

Le temps passe et on en sait, un peu, plus sur Vincent Bouillard. L’ingénieur de la marque Hoka est apparu de nulle part (du moins pour le grand public) lors de l’UTMB. Une apparition en fanfare pour le français qui a signé le troisième meilleur chrono de l’histoire sur le mythique tour du Mont-Blanc (19 h 54 min 23 s).

Sur la ligne de départ de Chamonix, le cinquième de la Maxi-Race d’Annecy la même année, s’est présenté comme athlète non sponsorisé (c’est désormais chose faite, la marque Hoka qui l’engageait déjà en tant qu’ingénieur vient de le signer comme athlète professionnel). Et même à la suite de son sacre, peu de choses ont fuité sur ce mystérieux coureur. Durant plusieurs semaines, aucune publication sur les réseaux sociaux, passage aujourd’hui obligé pour tout vainqueur de ce genre d’évènement, n’est venue garnir les comptes de Vincent Bouillard. Récemment, la porte s’est entrouverte, par une première publication non pas axée sur le volet sportif, mais bien sur la philosophie sportive de l’athlète et notamment de son engagement environnemental. Une publication intéressante à l’heure où les questions sur l’avenir de la discipline sont de plus en plus présentes, mais pas beaucoup d’indications sur son entrainement. Il a fallu être attentif pour s’apercevoir que, comme de nombreux athlètes issus de bien des disciplines, le dernier vainqueur de l’UTMB a participé à la saison de cross-country. Si les courses faites de boue et de pointes ne sont pas exactement dans le même registre que l’ultra, Vincent Bouillard l’a rappelé lui-même, « courir c’est courir ». Autrement dit, les efforts dans les pelotons et le coeur à la limite de l’implosion seront des flèches précieuses dans le carquois de la saison du français. Au point d’aller tenir tête, voire terrasser les deux géants qui se dressent face à lui? Affaire à suivre.

Il brutto : Kilian Jornet

À dix jours du départ, l’extra-terrien semble prêt à en découdre

Un autre élément pourrait venir perturber la course, et là encore, convoquer un grand nom du cinéma ne semble pas superflu. Après Leone, Hitchcock rentre en scène. Car les passionnés les plus assidus de trail n’ont pas raté l’information : Kilian Jornet et sa compagne Emilie Forsberg attendent leur troisième enfant, prévu aux mêmes dates que le Chianti. Suspens total, même Alfred n’aurait pas osé. Dans le doute, Kilian continue d’amasser les KOM norvégiens dans son armoire à trophée, déjà bien pleine.

Si on peut être touché par la raison de sa potentielle absence, il ne faut pas s’y tromper, le natif de Sabadell reste, à 37 ans le maître de sa discipline. Son compte Strava, ou, pour les néophytes, cahier d’entraînement, est une mine d’or à ciel ouvert. Tant sur la masse de données concernant l’entraînement de Kilian Jornet que sur les indices à propos de sa forme du moment.

En 2025, le multiple vainqueur de l’UTMB cumule déjà un volume à pied important

Il est peu de courses qui voient Kilian Jornet sur la ligne de départ ne pas lever les bras à l’arrivée. Faire, ne serait-ce, qu’un résumé de son palmarès constituerait en soi un recueil digne de la Pléiade. Trail, ski alpinisme, skyrunning, course en montagne, alpinisme, escalade et même duathlon (oui, oui, en 2007), la page « résultats » de Kilian semble ne jamais finir, et il faut être vigilant pour trouver autre chose que des premières places. Mais le prochain athlète pourrait venir gâcher la fête, car si l’Espagnol va vite, que dire de Jim Walmsley ?

Il cattivo : Jim Walmsley

En trail, et particulièrement en ultra, une partie du grand public imagine que la victoire est avant tout liée à la capacité d’un athlète à courir relativement lentement sur une longue durée. Mais si l’on se plonge dans les statistiques, on observe que pour gagner un ultra, il faut bien évidemment être endurant, mais il faut aussi courir vite, très vite. Et si un athlète incarne cette optimisation de la vitesse en course, c’est bien le natif de Phoenix. 8 min 41 s sur 3000 mètres, 13 min 52 s sur 5000 mètres, 1 h 04 min sur semi, 6 h 09 min 26 s sur 100 kilomètres (à l’époque le record était de 6 h 09 min 14 s contre 6 h 05 min 35 s aujourd’hui), ce n’est pas mentir que de dire que Jim Walmsley va vite, très vite, au point d’avoir visé le record du monde sur 100km et prétendu à la qualification à la sélection américaine sur marathon.

Peut-être est il allé trop vite d’ailleurs, à ses débuts en trail notamment, où ses départs en trombe étonnaient ses adversaires, qui le voyaient souvent abandonner la course, épuisé, ou gêné par des troubles gastriques. Mais ce côté chien fou lui est passé, lui qui a complètement changé de vie pour enfin gagner l’UTMB. Alors qu’il était habitué aux chemins roulants de Flasgstaff, l’Américain a décidé de vivre « à l’Européenne » en rejoignant Arêches-Beaufort. Le temps d’apprivoiser les Alpes, les chemins rocailleux et les hivers dédiés au ski-alpinisme, et déjà la fin de l’été 2023 et son UTMB était là. Acclimatation gagnante puisque Jim s’est emparé de la victoire dans un parcours légèrement modifié. Mais qu’importe le chemin, le sacre tant attendu était là.

Deux victoires, à l’ultra-trail de Nice et à la Western States et un abandon à l’UTMB 2024 plus tard, le revoilà au départ d’un format 100 miles. Si l’enjeu pour lui, comme pour les autres d’ailleurs, est avant tout de performer sur une course de « rentrée » et non de miser une saison entière sur les vignobles italiens, le format se prête parfaitement à l’immensité de son talent. Parcours roulant, vue dégagée, chemins de terre lui rappelant de bons souvenirs Flasgstaffiens, the American rocket seems ready for launch.


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Une réponse à « Ultra-trail du Chianti : il buono, il brutto, il cattivo »

  1. Avatar de Western States 2025 : Il était une fois dans l’Ouest – Hashiru

    […] le jardin de Jim, comme nous l’avions évoqué dans nos colonnes à l’occasion de l’Ultra-trail du C…, c’est avant tout la vitesse, les grands espaces. Une foulée déliée, à faire pâlir les […]

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